30 novembre 2024

Lettre Ouverte à Chat GPT (écrite à la main par un humain)

« Joyeux » anniversaire Chat GPT …

 

2 ans depuis ce mémorable 30 novembre 2022 où tu as débarqué dans nos vies avec un culot déconcertant.

Au début, on a bien rigolé.  

Entre tes réponses « fails » et tes « hallucinations » parfois très drôles, on doutait de tes capacités, on doutait de ta fiabilité. 

Puis, peu à peu, certains ont commencé à moins rigoler, je te parle bien sûr du monde de la création et du contenu. 

 

L’IA, NOTRE PIRE ENNEMIE ?

Petit état des forces en présence… 

Traducteurs ? Bousculés par Deepl Pro capable de traduire 10 000 mots en moins de 3 secondes. La valeur ajoutée de la révision, on s’en passe. 

Rédacteurs SEO ?  Dépossédés de leurs cocons sémantiques et de la structure de leurs articles. Les textes ne sont pas toujours UX à fond mais du moment que ça remonte dans les pages Google, on s’en contente. 

Concepteurs-rédacteurs ?  En pleine crise existentielle, challengés par la machine, toujours prompte à faire claquer une punchline et à rédiger « à la manière de ». 

Journalistes ?  Désorientés par les nouvelles règles de l’information, jamais apprises dans les écoles.  

Copywriters et créateurs de contenus pour blogs ?  Parfois carrément remplacés de A à Z par des « agents » capables de créer automatiquement des contenus à partir de mots-clés qu’ils ont eux-mêmes générés, de les mettre en page sur wordpress et de les diffuser en cliquant juste du petit doigt. 

Graphistes ?  Déstabilisés par des plateformes automatisées capables de « créer » 100 logos en 5 minutes.  

Pour le naming, pareil. Entre la création d’une start-up et sa charte graphique, il y a parfois moins d’une semaine ! 

Et la liste s’allonge. 

Photographes et illustrateurs brillants mis dans l’ombre de Dall-E, Midjourney, Canva, Adobe Firefly et autres Synthesia. 

Voix off de talent et musiciens remplacés en live par l’IA générative. Avec Suno, j’ai bluffé tout le monde en « créant » une chanson d’anniversaire. Ça m’a pris 15 minutes. 

Mannequins et comédiens décastés au profit d’intermittents du spectacle virtuels comme pour la dernière campagne Teen Mango ou Undiz. 

Même les réalisateurs se font du souci. Coca Cola vient de refaire sa pub mythique de Noël en motion 100% IA mais l’émotion en moins. Accueil plutôt glacial d’ailleurs, mais c’est de saison. 

Oui ça commençait à sentir le sapin ou plutôt le grand remplacement pour une partie de la communauté créative.  

Faire disparaître ce qui existait ? 

Faire exister ce qui n’existe pas ? 

Car pour d’autres, ton intelligence artificielle devient un terrain de jeu infini. 

  

L’IA, NOTRE NOUVELLE MEILLEURE AMIE ?

Partout, les créatifs sont nombreux à se régaler : avec le FOOH (Fake Out Of Home) ils donnent vie à des chimères, métros aux cils géants ou sacs à roulettes de 20 mètres de haut filant sur les avenues parisiennes. Magique.  

On parle aussi de contenus et d’écritures nouvelle génération sur des formats inédits, interactifs, immersifs, en réalité augmentée. Stimulant. 

On reparle aussi notre rôle central de nous, humains. Car dans le monde de plus en plus standardisé par tes réponses pré-formatées, la créativité et la sensibilité seront  plus que jamais au cœur de l’équation. Rassurant. 

Oui il y a des bonnes nouvelles.  

Tu as déjà permis de créer plein de nouveaux métiers et ce n’est qu’un début : prompt engineers, dresseurs d’IA, jongleurs de data, magiciens du blabla…  

Il faudra aussi de nouvelles compétences pour vérifier la fiabilité des contenus, évaluer le respect de l’éthique, auditer la transparence des algorithmes, optimiser les réponses IA… Les avis divergent selon les sources, mais il n’est pas fou de penser que 50 % des métiers de 2035 n’existent pas aujourd’hui. 

Kevin Kelly, fondateur du magazine Wired l’affirme : « L’IA ne remplacera pas les créateurs mais elle remplacera les créateurs qui n’utiliseront pas l’IA ». 

Plus globalement, on pourrait évoquer ici toutes les promesses (bonnes ou mauvaises) que nous réserve ton futur (au-delà de l’IA générative), surtout quand il sera propulsé par l’informatique quantique (coucou Willow) :  éradiquer les maladies, vivre jusqu’à 130 ans, faire parler les défunts, régler les problèmes environnementaux, effacer toutes les contraintes de la vie quotidienne grâce à tes agents et assistants… Mais ce sera pour un autre article. 

 

LE CÔTÉ SOMBRE DU SUPER DJ DE LA DATA

Parlons aussi des choses qui fâchent :  ton impact ÉNORME sur le réchauffement climatique : 1 requête Chat GPT = 10 requêtes Google en termes d’énergie et d’empreinte carbone. Bref ça va chauffer sur la planète, et notamment entre transhumanistes, post humanistes, antiprogressistes, écologistes… 

On évitera aussi le sujet de la démocratie, du traitement des minorités, du renforcement des inégalités, des biais humains forcément humains de tes algorithmes, ça n’en finirait plus.  

Pour évoquer ton influence sur le monde, les économistes schumpétériens parlent de destruction créatrice, mais certains philosophes parlent de destruction, tout court. Selon Eric Sadin : « Il ne faut pas s’adapter aux IA génératives mais oser les interdire ». 

 

QUI CROIRE, QUI SUIVRE ?

Les scénaristes d’Hollywood (ceux qui ont écrit Terminator ?) qui ont manifesté en masse contre leur potentielle mise à la trappe et le pillage de leurs œuvres par l’IA ? 

L’OCDE qui prévoit que 40 % des emplois seront supprimés à cause de toi, Claude, et les autres, Gemini, Meta Llama, Mistral 2 ? 

Le MIT qui n’en prévoit que 5 % ? 

Ou ces étudiants enthousiastes qui ne jurent plus que par toi et tes petits frères ? En 2024, 99 % d’entre eux utilisent l’IA et 51 % auraient du mal à s’en passer. 65 % estiment que l’utilisation de l’IA fait partie des principaux critères de choix pour postuler dans une entreprise, devant sa politique RSE. 

Ce sont les décideurs et créateurs de demain. 

 

WHAT’S NEXT? 

De notre côté, chez Indiana, on a été impressionnés par ta montée en puissance fulgurante. Même si la fiabilité de tes infos est quand même limite limite, sans parler de la confidentialité, on t’a adopté, apprivoisé, détesté, prompté, dompté. On sait que tu ne crées rien, tu agglomères, tu remixes à l’infini. Mais rien que ça, ça nous pousse à ouvrir nos chakras, à libérer nos idées et à réinventer ce qui fait notre supplément d’âme d’humain : le discernement, l’humour, la subtilité, la sensibilité et le sens des nuances, la compréhension profonde de l’autre. En un mot, la créativité, la vraie, celle qui suscite l’émotion en laissant place à l’intuition.  

Dans ce moment de chaos magnifique, on est curieux de la suite. Le pire ce serait peut-être un monde avec TOI… mais sans NOUS ? Tu vois, au début on a rigolé, là, on va bien s’amuser, enfin on t’attend. Comme c’est ton anniversaire, c’est le moment de faire un vœu… On est sûrs que tu auras plein d’idées.  

 

Et vous, d’humain à humain, vous en pensez quoi de tout ça ? 

 A. CONTENT CONTENT. Positif, techno-enthousiaste et plein d’espoir sur les fabuleuses perspectives de l’IA en général et des LLM en particulier.

 B. COUCI COUÇA.  Mitigé, circonspect voire vaguement inquiet, pour votre job, votre vie, votre santé mentale, votre avenir.

 C. MÊME PAS MAL. Ce n’est qu’un feu de paille : après des progrès spectaculaires, les grands modèles de langage sont arrivés à un plateau. Certains reviennent déjà en arrière. Vous avez bien racheté des vinyls.

 D. IAPHOBE. Carrément hostile, contre, allergique aux chats numériques de tout poil qui vont nous transformer en machine, en robot, en boîte de conserve.

 Alors A, B, C ou D, vous le sentez comment ? 

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